Rapport d'audit accablant sur la prison de Rumonge : l'Assemblée Nationale interpelle la DGAP

Photo: Ferdinand Hakizimana via Lerenouveau

Voici l'article étendu :

L'Assemblée Nationale du Burundi a examiné le rapport d'audit définitif de la gestion de la Direction Générale des Affaires Pénitentiaires (DGAP), concernant le cas de la prison de Rumonge, le 7 septembre 2026. La séance, d'une importance capitale pour la transparence et la bonne gouvernance des institutions pénitentiaires du pays, s'est tenue dans l'hémicycle de Kigobe. Elle était présidée par Daniel Gélase Ndabirabe, Président de l'Assemblée Nationale, marquant ainsi le haut niveau d'attention accordé à ce dossier. C'est Patricie Nduwimana, Présidente de la Commission Permanente de l'Éducation, de la Jeunesse, des Sports et Loisirs, de la Culture et de la Communication, qui a eu la charge de présenter ce rapport d'audit aux députés. Ce document exhaustif met en lumière plusieurs défaillances significatives dans la gestion de l'établissement pénitentiaire de Rumonge, soulevant des questions pressantes sur le fonctionnement général du système carcéral.

Constats de gestion alarmants

L'audit a révélé des lacunes considérables et systémiques dans la gestion de la prison centrale de Rumonge, notamment l'absence flagrante de mise à jour des règlements internes. Les documents examinés indiquent que ces règlements n'avaient pas été actualisés depuis treize ans, une période anormalement longue qui a pu, sans aucun doute, contribuer à des dysfonctionnements opérationnels majeurs et à une perte de repères clairs au sein de l'établissement. Cette situation prolongée met en évidence un manque de suivi administratif et une incapacité à adapter les procédures aux réalités contemporaines.

Le rapport a également pointé l'absence persistante de tenue de registres essentiels pour une gestion transparente, efficace et conforme aux normes. Il s'agit notamment des registres concernant l'hébergement des détenus, un élément fondamental pour le suivi des populations carcérales ; des registres des décès survenus au sein de la prison, cruciaux pour la traçabilité et la reddition de comptes ; et des registres des biens saisis, dont la gestion doit être irréprochable pour éviter toute suspicion de malversation. L'absence de ces informations jugées cruciales rend difficile le suivi précis des opérations et la justification des actions menées par l'administration pénitentiaire.

L'audit a constaté que les droits et devoirs des détenus n'étaient pas affichés de manière visible et accessible, rendant difficile pour les prisonniers de prendre pleinement connaissance de leurs prérogatives et obligations. Cette absence d'affichage soulève des questions sérieuses quant au respect des normes en matière de droits humains et de transparence au sein de l'institution pénitentiaire, et peut potentiellement entraver l'accès des détenus à la justice et à un traitement équitable.

Le rapport a aussi mis en lumière des problèmes majeurs au centre de santé de la prison de Rumonge, affectant directement la qualité des soins prodigués. Des ruptures de stock récurrentes de médicaments et de produits pharmaceutiques ont été notées, compromettant gravement la prise en charge médicale des détenus et posant un risque significatif pour leur santé et leur bien-être, qui sont des droits fondamentaux même en détention.

Recommandations pour l'amélioration

Face à ces constats préoccupants, le rapport d'audit a formulé plusieurs recommandations concrètes et stratégiques visant à améliorer de manière durable la gestion de la prison de Rumonge et, par extension, la DGAP dans son ensemble. Il a notamment recommandé l'intégration, dans le Plan de Travail et Budget Annuel (PTBA) de la Direction Générale des Affaires Pénitentiaires, de fonds spécifiques et dédiés aux activités d'élevage et agricoles. Cette mesure vise à promouvoir l'autonomie alimentaire et économique des prisons, tout en offrant des opportunités de réinsertion aux détenus.

Dans le même esprit de transparence et de bonne gestion, une autre recommandation clé du rapport concernait la tenue d'un registre spécifique et détaillé pour la production issue de ces activités d'élevage et agricoles. Cette mesure vise à assurer un suivi précis des rendements, une traçabilité rigoureuse et une transparence accrue des ressources générées par ces initiatives au sein de l'établissement pénitentiaire, permettant d'éviter toute perte ou détournement.

La Cour des comptes, en charge de cet audit, a recommandé la souscription à une police d'assurance globale couvrant les risques d'incendie. Cette proposition vise à protéger efficacement les infrastructures, les équipements et les biens de la prison contre d'éventuels sinistres, garantissant ainsi une meilleure résilience de l'établissement face aux imprévus et une continuité de ses opérations.

Enfin, pour pallier les problèmes de santé constatés, il a été recommandé que le ministère de la Justice collabore étroitement avec le ministère de la Santé publique et de la Lutte contre le SIDA. L'objectif de cette collaboration interministérielle serait d'assurer un approvisionnement régulier, suffisant et de qualité en médicaments pour le centre de santé de la prison, palliant ainsi les ruptures de stock constatées et garantissant un accès aux soins pour tous les détenus.

Réactions et portée nationale

Le ministère de la Justice, des Droits humains et du Genre a indiqué, en réponse à ces préoccupations, travailler activement à la mise à jour de plusieurs textes régissant le secteur judiciaire. Parmi ces textes fondamentaux figurent les règlements internes des établissements pénitentiaires, dont l'absence d'actualisation depuis treize ans avait été pointée du doigt par le rapport d'audit concernant la prison de Rumonge. Cette démarche proactive vise à moderniser le cadre légal et opérationnel des prisons du pays, en l'alignant sur les meilleures pratiques et les exigences actuelles en matière de gestion carcérale.

Les députés, ayant pris connaissance des conclusions accablantes de l'audit, ont interpellé le ministère pour une action plus large et une réforme en profondeur. « Les députés appellent le ministre au redressement de la situation de tous les établissements pénitentiaires car la situation apparaît semblable », ont-ils déclaré avec fermeté, exprimant leur vive préoccupation quant à l'état général des prisons burundaises. Cette interpellation suggère que les problèmes identifiés à Rumonge ne sont pas des cas isolés, mais pourraient au contraire refléter des défaillances systémiques nécessitant une réforme globale et urgente de l'ensemble du système pénitentiaire national.