Les Lacs du Burundi : Trésors négligés face à la pollution et à la sous-exploitation

1. Malgré son importance et ses richesses, le lac Tanganyika est menacé par la pollution
Photo via Iwacu-burundi

Le Burundi a célébré la Journée internationale des lacs le 27 août, une occasion marquée par le constat que ses patrimoines lacustres ne sont pas pleinement valorisés. Selon des observations faites dans le pays à cette date, ces écosystèmes naturels font face à des défis significatifs. La première célébration de la Journée internationale des lacs s'est déroulée le 27 août 2025, un événement qui a mis en lumière l'importance de ces ressources hydriques au niveau mondial. Cette journée, dédiée à la sensibilisation sur la valeur écologique, économique et sociale des lacs, a pour objectif d'encourager la protection et la gestion durable de ces écosystèmes vitaux. Au Burundi, le bilan de cette journée note la nécessité d'une meilleure exploitation et protection des lacs du pays, qui, malgré leur potentiel immense, restent largement sous-estimés et menacés.

Richesse et potentiel des lacs

Le lac Tanganyika, un des grands lacs d'Afrique, contient 16% des réserves mondiales d'eau douce, représentant un volume colossal de 20 000 km3. Cette proportion en fait une ressource hydrique d'une importance capitale à l'échelle planétaire. Le Burundi, en tant que pays riverain de ce lac, détient une part significative de ces réserves, soit 9% du total mondial, ce qui équivaut à environ 2 634 km3. Cette masse d'eau douce constitue une ressource hydrique stratégique pour le pays, offrant des opportunités pour l'approvisionnement en eau potable, l'agriculture, l'énergie hydroélectrique et bien d'autres usages essentiels au développement socio-économique.

Au-delà de son volume impressionnant, le lac Tanganyika se distingue également par sa riche biodiversité. Il abrite un nombre remarquable de 2 156 espèces différentes, dont 584 sont endémiques, c'est-à-dire qu'elles ne se trouvent nulle part ailleurs sur Terre. Cette spécificité en fait un écosystème d'une importance écologique majeure, un véritable laboratoire naturel pour l'étude de l'évolution et de la spéciation. La préservation de cette biodiversité unique est clé non seulement pour le Burundi mais aussi pour le patrimoine naturel mondial. La complexité de ses chaînes alimentaires et la diversité de ses habitats subaquatiques contribuent à la stabilité écologique de la région.

Le lac Tanganyika possède également la capacité de fournir 100% de l'eau potable à la capitale Bujumbura et à d'autres villes importantes comme Minago, Rumonge, Nyanza, et potentiellement des localités telles que Bubanza, Gihanga et Cibitoke. Ce potentiel d'approvisionnement en eau potable note son rôle central pour la santé publique et le développement urbain de nombreuses agglomérations burundaises, offrant une solution durable pour répondre aux besoins croissants en eau de la population.

Albert Mbonerane, ancien ministre de l'Environnement, a souligné un aspect clé concernant la protection des rives. Selon lui, la zone tampon de 150 mètres, réglementairement établie pour préserver les écosystèmes lacustres, devrait être mesurée à partir du point de la dernière inondation du lac, et non à partir de son rivage actuel. Cette approche garantirait une protection plus efficace contre l'empiètement humain et les activités polluantes, en tenant compte des variations naturelles du niveau de l'eau et en offrant une marge de sécurité accrue pour les écosystèmes riverains.

La reconnaissance de l'importance des lacs à l'échelle mondiale s'est manifestée précocement. La première Conférence mondiale sur les lacs s'est tenue le 27 août 1984 à Shiga, au Japon. Cet événement a marqué une étape significative dans la prise de conscience internationale de la nécessité de préserver ces écosystèmes. Il a jeté les bases d'une collaboration mondiale pour la recherche, la gestion et la protection des lacs, influençant les politiques environnementales et les initiatives de conservation à travers le monde.

Menaces de pollution et dégradation

Les lacs du Burundi sont actuellement menacés par la pollution, ce qui compromet gravement leur intégrité écologique. Cette dégradation est aggravée par le non-respect flagrant des zones tampons établies autour de ces étendues d'eau. Les réglementations concernant ces périmètres de protection, conçues pour filtrer les polluants et protéger la biodiversité riveraine, sont fréquemment ignorées. Cet état de fait expose directement les écosystèmes lacustres à diverses formes de contamination, allant des déchets solides aux rejets agricoles et industriels.

Le respect de la zone tampon du lac Tanganyika, en particulier, pourrait servir de filtre naturel essentiel. Une application rigoureuse de cette mesure permettrait de retenir efficacement les sédiments, les nutriments excédentaires et les polluants avant qu'ils n'atteignent le lac. Une telle barrière naturelle est indispensable pour protéger la qualité de l'eau et la biodiversité unique du lac. Sans cette protection adéquate, le lac reste vulnérable aux apports extérieurs, ce qui entraîne une dégradation progressive de ses eaux et de ses habitats.

En 2025, le Burundi a importé un peu plus de 11 000 tonnes d'huiles, de graisses et de déchets d'huiles. Une part significative de ces produits, souvent mal gérés ou éliminés de manière inappropriée, se retrouve directement ou indirectement dans le lac Tanganyika. L'acheminement de ces substances toxiques vers le milieu aquatique représente une pression constante et croissante sur la santé du lac, affectant la faune et la flore aquatiques et posant des risques pour la santé humaine.

Des spécialistes estiment que 100 000 tonnes de sol sont déversées chaque année dans le lac Tanganyika depuis la région de Mumirwa. Ce phénomène est principalement attribué à la déforestation intensive des bassins versants environnants, qui entraîne une érosion accélérée des terres. Le volume important de sédiments altère la clarté de l'eau, réduisant la pénétration de la lumière essentielle à la photosynthèse des plantes aquatiques. Ces sédiments peuvent étouffer les habitats benthiques, perturber les cycles de reproduction des poissons et modifier la composition chimique de l'eau, affectant ainsi l'ensemble de l'écosystème lacustre.

Sous-exploitation du potentiel

Malgré leur richesse intrinsèque, les lacs du Burundi ne sont pas pleinement exploités pour le bénéfice du pays. Les richesses animales issues des lacs, notamment les ressources halieutiques, ne bénéficient pas au pays comme elles le devraient. La pêche dans les lacs burundais produit annuellement entre 17 000 et 22 000 tonnes de poisson, ce qui représente près de 2 kg de poisson par Burundais. Ce volume indique une ressource halieutique significative qui pourrait être davantage valorisée à travers une meilleure gestion, des techniques de pêche durables et des chaînes de valeur améliorées. Malgré l'abondance de la faune aquatique, l'exploitation et la valorisation de ces ressources n'atteignent pas leur plein potentiel pour contribuer au développement économique national, à la sécurité alimentaire et à la création d'emplois. Ce constat soulève des interrogations sur les stratégies actuelles de gestion des pêches et de la biodiversité lacustre.

Le tourisme et le transport lacustre, deux secteurs prometteurs et générateurs de revenus, demeurent à un stade embryonnaire au Burundi. Les infrastructures et les services dédiés à ces activités sont limités, empêchant une pleine exploitation des attraits naturels des lacs, notamment le lac Tanganyika, avec ses paysages spectaculaires et sa biodiversité unique. Cette situation freine le développement d'une économie bleue diversifiée et génératrice de revenus, qui pourrait attirer des investissements et créer des opportunités pour les populations locales.

Le développement du secteur touristique le long des rives du lac Tanganyika n'est pas avancé. Peu d'initiatives d'envergure ont été mises en œuvre pour attirer les visiteurs nationaux et internationaux, malgré le potentiel paysager et écologique exceptionnel de la région. L'absence d'une stratégie touristique solide, d'investissements conséquents dans les infrastructures d'accueil et de promotion, est perçue comme un frein majeur à l'émergence de cette industrie. Les plages, les activités nautiques et l'observation de la faune restent largement sous-développées.

Les constructions destinées au tourisme lacustre ne répondent pas aux normes internationales. La qualité des infrastructures d'accueil, qu'il s'agisse d'hôtels, de restaurants, de ports de plaisance ou d'autres équipements de loisirs, est souvent jugée insuffisante pour attirer une clientèle exigeante et soutenir une offre touristique compétitive sur la scène régionale et internationale. Cette lacune affecte l'image et l'attractivité de la destination Burundi, limitant sa capacité à rivaliser avec d'autres destinations lacustres africaines.

Appels à l'action et solutions

Face à ces défis, des voix s'élèvent pour appeler à une action concertée. L'ONG La Benevolencjia et ses partenaires médiatiques ont organisé une conférence publique le mardi 25 août 2026, appelant à une meilleure gestion des ressources lacustres du Burundi. Cette initiative visait à sensibiliser le public, les décideurs et les parties prenantes aux défis environnementaux, économiques et sociaux liés aux lacs du pays, tout en proposant des pistes de solutions concrètes. La conférence a mis en lumière la nécessité d'une approche intégrée, impliquant les communautés locales, le gouvernement et les organisations de la société civile.

La protection des zones tampons est une priorité absolue. Il est impératif que les autorités burundaises renforcent l'application des lois existantes concernant ces périmètres de protection et adoptent la recommandation de l'ancien ministre Albert Mbonerane de mesurer la zone tampon à partir du point de la dernière inondation du lac. Cela permettrait de créer une barrière naturelle plus efficace contre la pollution et l'érosion, préservant ainsi la qualité de l'eau et la biodiversité.

Pour lutter contre la pollution, des mesures drastiques sont nécessaires. La gestion des déchets, en particulier des huiles et graisses, doit être améliorée. Des systèmes de collecte et de traitement des eaux usées urbaines et industrielles doivent être mis en place ou renforcés pour éviter les déversements directs dans les lacs. Des campagnes de reboisement intensives dans les bassins versants, notamment dans la région de Mumirwa, sont cruciales pour réduire l'érosion des sols et la sédimentation dans le lac Tanganyika.

Sur le plan économique, le potentiel des lacs doit être pleinement exploité de manière durable. Le secteur de la pêche nécessite des investissements dans des techniques de pêche modernes et durables, la formation des pêcheurs, et l'amélioration des infrastructures de conservation et de commercialisation du poisson. Cela permettrait d'augmenter les revenus des communautés de pêcheurs tout en assurant la pérennité des stocks.

Enfin, le développement du tourisme lacustre est une voie prometteuse. Cela implique la mise en place d'une stratégie touristique nationale claire, des investissements dans des infrastructures d'accueil de qualité répondant aux normes internationales, la promotion des attraits naturels et culturels des lacs, et le développement de services de transport lacustre fiables et sûrs. En valorisant de manière responsable leurs trésors lacustres, les lacs du Burundi pourraient devenir un moteur essentiel du développement durable et de la prospérité pour le pays, transformant ces patrimoines négligés en véritables atouts nationaux.