Le secteur du thé burundais en crise : prix bas, OTB défaillante et appels à la réforme

Des théiculteurs lors de la récolte des feuilles de thé vertes
Photo via Iwacu-burundi

Le secteur du thé burundais est confronté à une crise marquée par la faiblesse des prix des feuilles de thé, le désintérêt des producteurs et le manque d'engrais, selon des informations convergentes. Ces défis majeurs, incluant le faible prix des feuilles de thé, le désintérêt croissant des producteurs et la pénurie d'engrais, sont parmi les principaux obstacles au développement du secteur. Le prix actuel d'un kilogramme de feuilles de thé s'élève à 500 BIF, un montant jugé insuffisant par les cultivateurs. Gilles Mukundwa, directeur général de l'Office burundais du thé (OTB), a confirmé une baisse de la production de thé dans le pays, reconnaissant l'ampleur des difficultés. « Nous avons proposé une hausse du prix du kilogramme de feuilles vertes afin de mieux motiver les théiculteurs », a déclaré Gilles Mukundwa. Il a également ajouté : « Nous faisons également un plaidoyer pour obtenir l’autorisation d’importer des engrais. Nous sommes aussi en train d’expérimenter la mécanisation de certaines tâches afin de faire face à la rareté de la main-d’œuvre. »

Le désarroi des théiculteurs

Certains cultivateurs de thé de la commune de Kayanza manifestent un manque de motivation à poursuivre la culture du thé en raison des prix jugés trop bas et de la nature exigeante de cette culture. Cette démotivation des producteurs est directement liée à l'insuffisance des prix offerts, qui ne couvrent pas adéquatement leurs efforts et leurs coûts de production.

Les principales causes de la diminution de la production sont la démotivation des producteurs, exacerbée par des prix jugés insuffisants, ainsi que le manque d'engrais minéraux depuis trois ans. Une pénurie de main-d'œuvre vient également compliquer la situation pour les théiculteurs, rendant la culture du thé encore plus ardue.

La situation est aggravée par le système de paiement actuel, qui ajoute à la précarité des cultivateurs. Les producteurs ne sont pas rémunérés immédiatement après la livraison de leurs récoltes. Ils reçoivent souvent des jetons ou des récépissés et doivent revenir ultérieurement pour percevoir leur dû, ce qui ajoute à leur précarité financière et à leur frustration. Ce système de paiement différé constitue un fardeau économique supplémentaire pour des agriculteurs déjà confrontés à des marges faibles.

Face à cette crise, l'Office burundais du thé (OTB) a indiqué mener un plaidoyer actif pour obtenir l'autorisation d'importer des engrais. Cette démarche vise à pallier le manque de fertilisants qui affecte gravement les rendements et la qualité du thé burundais. L'OTB reconnaît l'urgence de cette situation pour soutenir la production.

Les maux de l'OTB

La direction de l'Office burundais du thé (OTB) reconnaît une diminution de la production et indique des plans pour mettre en œuvre des mesures visant à y remédier. Cette reconnaissance de la baisse de production par la direction de l'OTB s'accompagne d'un engagement à prendre des initiatives pour inverser cette tendance. Les récoltes de thé auraient ainsi chuté de 11 tonnes à 7,5 tonnes, un déclin significatif qui note l'ampleur des défis auxquels est confronté le secteur et l'entreprise elle-même.

L'OTB a proposé une augmentation du prix au kilogramme de feuilles vertes, dans le but de mieux stimuler la motivation des cultivateurs de thé. Cette proposition vise à répondre aux préoccupations des producteurs concernant la rentabilité de leur travail et à les inciter à maintenir leurs efforts.

Afin de pallier le manque de main-d'œuvre, l'Office burundais du thé expérimente également la mécanisation pour certaines tâches. Cette initiative cherche à moderniser les pratiques agricoles et à réduire la dépendance à une main-d'œuvre de plus en plus difficile à trouver, contribuant ainsi à une meilleure efficacité opérationnelle.

L'Office Burundais du Thé (OTB) aurait enregistré des pertes estimées à 7,5 millions sur une période de dix ans. Ces chiffres mettent en lumière les difficultés financières persistantes de l'organisation, qui impactent sa capacité à soutenir efficacement les producteurs et à moderniser le secteur. Ces pertes financières prolongées témoignent d'une gestion complexe et de défis structurels au sein de l'entreprise publique.

Analyse et propositions de réforme

Les causes profondes de ces problèmes au sein des entreprises publiques résident souvent dans leur direction, où une politisation excessive des nominations conduit à des désignations basées sur des considérations politiques plutôt que sur l'expérience ou l'expertise. Faustin Ndikumana, analyste économique, explique que « C’est un handicap majeur au niveau du pilotage, de la gestion stratégique de l’entreprise et de la gouvernance. Dans ces circonstances, il n’existe pas de contrat de performance ni d’obligation de résultat puisque les nominations se font par décrets politiques, souvent pour récompenser des militants. Il n’y a pas non plus de véritable exigence en matière de dividendes à verser. » Cette politisation entrave la mise en place d'une gestion saine et axée sur la performance.

La corruption est décrite comme un « cancer » de l'administration publique, les cadres supérieurs s'enrichissant aux dépens de la croissance de l'entreprise. « Les hauts cadres nommés pour diriger ces entreprises en profitent pour s’enrichir individuellement au détriment de la croissance des activités de l’entreprise. L’intérêt personnel prime sur l’intérêt général de l’entreprise », affirme Faustin Ndikumana, soulignant un grave problème éthique et managérial.

Un manque de mécanismes efficaces pour prévenir et sanctionner la corruption est constaté, incluant des systèmes de déclaration de patrimoine insuffisants et une impunité persistante. Selon Faustin Ndikumana, « Ce qui est également préoccupant, c’est l’absence de mécanismes efficaces de déclaration des biens et la persistance de l’impunité face à la corruption. Tout le monde finit par se dire : “Si j’y arrive, c’est mon tour.” » Les contrôles internes au sein des entreprises publiques sont faibles, les audits externes ne sont pas suffisamment rigoureux et les états financiers ne sont pas toujours soumis à la Cour des Comptes pour certification, ce qui compromet la transparence et la responsabilité.

Les entreprises publiques, dont l'OTB, souffrent fréquemment d'une gestion défaillante, de coûts de production élevés, d'un manque de compétitivité, d'une faible capacité d'innovation, d'une mauvaise adaptation à leur environnement et d'un manque de professionnalisme. Ces lacunes structurelles contribuent à leur sous-performance chronique.

Faustin Ndikumana décrit l'OTB comme une entreprise publique à vocation commerciale, d'importance stratégique et à forte intensité capitalistique. Cette caractérisation met en évidence son rôle clé dans l'économie burundaise et son besoin d'investissements conséquents. Les difficultés internes sont accentuées par un environnement macroéconomique complexe, marqué par l'inflation, des défis de financement et des coûts élevés pour certains intrants. Ces facteurs externes pèsent lourdement sur la rentabilité et la viabilité des entreprises publiques.

Les tentatives de privatisation ont échoué par le passé, et ces entreprises à forte intensité capitalistique pourraient bénéficier d'investissements, notamment étrangers, pour leur recapitalisation. Cependant, une mauvaise planification et orientation des politiques publiques empêchent souvent ces entreprises de profiter pleinement de la recapitalisation. La recapitalisation pourrait augmenter le capital et permettre la privatisation de la gestion pour améliorer la performance et la compétitivité. Le gouvernement doit prendre en compte les facteurs macroéconomiques tels que la fiscalité, le carburant, l'inflation et l'électricité, qui influencent directement les coûts de production, afin de créer un environnement propice à la croissance. Faustin Ndikumana estime qu'« Il faut assainir le leadership, maîtriser les charges, renforcer la transparence, lutter efficacement contre la corruption et recapitaliser ces entreprises à travers un plan structuré. Il faut également réaliser des audits organisationnels et financiers afin d’évaluer leur situation et, à terme, privatiser leur gestion. »

Vers une refonte structurelle

Faustin Ndikumana, analyste économique, appelle à une réforme profonde de la gouvernance des entreprises publiques, estimant que la politisation des nominations constitue « un handicap majeur au niveau du pilotage, de la gestion stratégique de l’entreprise et de la gouvernance ». Il insiste sur la nécessité d'une refonte structurelle profonde pour ces entités. Selon lui, cette refonte structurelle est nécessaire, incluant l'assainissement du leadership, la maîtrise des charges, le renforcement de la transparence et la lutte efficace contre la corruption. Il insiste sur la nécessité de recapitaliser ces entreprises via un plan structuré, soulignant que cette recapitalisation est essentielle pour leur survie et leur développement. Des audits organisationnels et financiers sont également requis pour évaluer leur situation et envisager, à terme, une privatisation de leur gestion, une étape qu'il juge clé pour améliorer leur performance et leur compétitivité à long terme.