Richard Uwimana, coordinateur de l'ONPRA, exige le retour immédiat de tous les réfugiés vivant actuellement en dehors des zones d'accueil officielles. Cette mesure impose aux personnes concernées de regagner leurs sites d'installation désignés par les autorités burundaises. L'organisation gouvernementale formalise ainsi une directive visant à centraliser les populations déplacées au sein des structures encadrées. Aucun calendrier précis n'a été communiqué pour l'application de cette décision administrative. Les services de l'ONPRA supervisent désormais le déplacement des réfugiés vers les lieux de résidence préalablement établis par l'État. Ce dispositif concerne l'ensemble des ressortissants étrangers qui se sont installés hors des périmètres définis lors de leur arrivée sur le territoire national.
Une mesure sécuritaire controversée
Le gouvernement burundais a présenté 13 individus, en majorité des réfugiés Banyamulenge, accusés d'espionnage au profit du Rwanda et de groupes armés opérant en République démocratique du Congo. Cette intervention publique s'inscrit dans un climat de surveillance accrue des populations déplacées sur le territoire national. En septembre 2026, un groupe de réfugiés, principalement composé de membres de la communauté Banyamulenge, a fait l'objet d'un retour forcé depuis Gitega vers leur camp d'origine.
La politique de cantonnement a été réitérée le 16 octobre 2026 au site de Musenyi, situé dans la commune de Musongati, en province de Buhumuza. Ce site accueille des réfugiés dont les moyens de subsistance dépendent largement d'activités économiques exercées hors des périmètres officiels. Un réfugié du site de Musenyi s'interroge sur les conséquences de cette centralisation : « Mon commerce à Bujumbura, ce n’est pas du luxe, c’est ce qui aide ma famille restée au camp. Je me demande comment je vais vivre une fois retourné au camp. Là-bas, il n’y a pas de travail, il n’y a pas de clients ».
Les conditions matérielles au sein des zones d'accueil cristallisent les inquiétudes des résidents, confrontés à une baisse constante des soutiens humanitaires. Un autre réfugié du site de Musenyi note cette précarité : « Les aides ont diminué. Comment allons-nous vivre dans le camp où le pouvoir d’achat est faible ? Si tout le monde retourne au camp, nous allons tous devenir dépendants d’une aide qui n’existe presque plus ».
La méfiance des autorités envers les activités individuelles se heurte au besoin de survie des personnes concernées. Ce même réfugié du site de Musenyi conteste le lien établi par les autorités entre la présence de réfugiés en ville et les enjeux sécuritaires : « Un réfugié qui vend des habits, qui cherche à nourrir sa famille, ce n’est pas une menace. Celui qui est appréhendé comme semeur de trouble, qu’il soit sanctionné selon la loi, et qu’on laisse les autres en liberté. On ne peut pas punir 160 000 personnes à cause de quelques soupçons ».
Le Burundi accueille actuellement plus de 160 000 réfugiés sur son sol. Plus de 95 % de ces personnes sont des ressortissants de la République démocratique du Congo. L'application de la directive de retour dans les camps vise désormais cette population globale, alors que les autorités maintiennent leur exigence de contrôle strict des déplacements individuels.