Le Burundi célèbre la médecine traditionnelle, appelant à plus de recherche et de valorisation

Dix-huit associations pratiquent la médecine traditionnelle
Photo: Fidèle Hatangimana via Lerenouveau

Le 24ème Jour de la médecine traditionnelle africaine a été célébré le lundi 31 août 2026 à Bujumbura, au Burundi. Cet événement annuel a mis en lumière l'importance clé de la recherche et du développement dans ce domaine pour atteindre l'objectif fondamental de la couverture sanitaire universelle sur l'ensemble du continent africain. La célébration s'est déroulée sous le thème éloquent et fédérateur : « Réflexion sur les efforts de recherche et de développement en matière de médecine traditionnelle pour la réalisation de la couverture sanitaire universelle dans la région africaine ». Ce thème mettait l'accent sur la nécessité d'une approche intégrée pour valoriser les savoirs ancestraux.

Pierre Sinarinzi, secrétaire permanent au ministère de la Santé publique, a pris la parole pour noter une lacune significative : l'absence actuelle de centres de recherche dédiés spécifiquement à la médecine traditionnelle au Burundi. Cette absence constitue un frein majeur au développement structuré du secteur. Monsieur Sinarinzi a clairement indiqué que, selon ses observations, les investissements actuels dans la recherche sur la médecine traditionnelle demeurent malheureusement insuffisants pour exploiter pleinement son potentiel. Il a également affirmé avec conviction que le Burundi doit impérativement renforcer son cadre réglementaire existant et développer ses capacités scientifiques afin de mieux valoriser, encadrer et intégrer cette pratique ancestrale dans le système de santé moderne. Ces mesures sont perçues comme essentielles pour garantir la sécurité et l'efficacité des traitements traditionnels.

Cadre légal et institutions

En réponse à cette nécessité d'encadrement, le gouvernement burundais a mis en place une législation spécifique. Une loi a été promulguée, ayant pour objectif clair d'encadrer les activités des tradipraticiens et de protéger leurs pratiques légitimes. Cette initiative législative témoigne d'une volonté politique de structurer le secteur. Pour concrétiser cette loi sur le terrain, un décret présidentiel fondamental a été signé en 2014, fournissant les bases réglementaires nécessaires. Ce décret a ensuite été complété et détaillé par plusieurs ordonnances ministérielles, dont l'objectif est d'assurer son application effective et harmonisée sur l'ensemble du territoire national. L'ensemble de ces textes constitue le cadre réglementaire actuel et évolutif pour la médecine traditionnelle au Burundi.

Sur le plan institutionnel, l'Institut National de Santé Publique (INSP) dispose d'un centre dédié spécifiquement au traitement des médecines traditionnelles, ce qui représente une reconnaissance institutionnelle tangible de l'importance de ce domaine. Cette structure permet d'intégrer certaines pratiques traditionnelles dans une démarche de santé publique. Le dynamisme du secteur est illustré par l'existence de dix-huit associations de médecine traditionnelle recensées au Burundi, qui jouent un rôle clé dans l'organisation et la représentation des acteurs du domaine. Ces associations contribuent à la professionnalisation et à la défense des intérêts des tradipraticiens. À ce jour, un nombre significatif de 5021 autorisations ont été délivrées à des tradipraticiens, leur permettant ainsi d'exercer légalement leurs activités à travers le pays et de contribuer à l'offre de soins.

Recherche et potentiel scientifique

Le Burundi est doté d'un riche patrimoine de savoirs traditionnels, un trésor culturel et scientifique qui nécessite d'être préservé avec soin, documenté de manière exhaustive et valorisé pour le bénéfice des générations futures. Ce patrimoine, souvent transmis oralement de génération en génération, représente une ressource potentielle inestimable pour la santé publique et la recherche scientifique. La reconnaissance officielle de cette richesse culturelle et thérapeutique est considérée comme une étape clé pour l'intégration réussie et l'exploitation rationnelle de la médecine traditionnelle dans le système de santé national.

Des chercheurs dévoués, issus de diverses institutions académiques, notamment des universités du pays, ont déjà mené des études approfondies et rigoureuses sur les plantes médicinales abondamment présentes au Burundi. Leurs travaux scientifiques ont mis en évidence l'importance fondamentale de ces plantes pour la santé humaine, soulignant leur rôle indispensable dans la pharmacopée locale et leur potentiel thérapeutique. Ces recherches scientifiques contribuent non seulement à valider de manière objective certaines pratiques traditionnelles, mais elles ouvrent également la voie à de nouvelles découvertes prometteuses en matière de traitements et de développement de médicaments. Elles sont essentielles pour bâtir un pont entre la science moderne et les savoirs ancestraux.

Appels à l'action internationale

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) joue un rôle moteur dans la promotion de la médecine traditionnelle et encourage activement les États membres à renforcer leurs connaissances scientifiques concernant l'efficacité, la sécurité et la qualité des pratiques et produits de la médecine traditionnelle. Cette démarche vise à assurer une utilisation sûre et bénéfique pour les populations. Jothan Nikora, le directeur régional de l'OMS pour l'Afrique, a lancé un appel ferme et clair en faveur d'investissements nationaux accrus dans la recherche et le développement de la médecine traditionnelle, ainsi que dans la protection des savoirs traditionnels, souvent menacés de disparition. Selon l'OMS, comme l'a précisé Monsieur Nikora, « En ce qu’on sait déjà, le pays dispose d’un riche patrimoine de connaissances traditionnelles qui mérite d’être préservé, documenté et valorisé au bénéfice des générations futures».

L'OMS s'est engagée fermement à soutenir le Burundi dans ses efforts pour renforcer la recherche scientifique, améliorer la réglementation et promouvoir l'utilisation sûre et efficace de la médecine traditionnelle. Cette démarche s'inscrit pleinement dans le cadre d'une stratégie régionale et mondiale plus vaste de l'OMS pour la médecine traditionnelle, une stratégie ambitieuse qui couvre la période allant de 2025 à 2034. Cette stratégie globale vise à intégrer de manière plus systématique et harmonieuse les pratiques traditionnelles éprouvées dans les systèmes de santé modernes, reconnaissant leur contribution potentielle à l'atteinte de la couverture sanitaire universelle.