Au Burundi, le président Évariste Ndayishimiye a annoncé une récompense de 500 millions de francs burundais (FBu) pour toute information fiable et décisive permettant d'identifier le ou les auteurs d'incendies criminels. Cette offre intervient après une série de sinistres ayant touché des infrastructures commerciales majeures dans le pays.
Dans la périphérie de Bujumbura, le marché de Kinindo a été détruit par les flammes. Au centre-ville, deux galeries commerciales, Ndayizamba et Le Parisien, ont également été ravagées par des incendies. Ces événements se sont produits dans un intervalle de quatre jours, suscitant des interrogations sur leur origine et motivant la promesse présidentielle.
Contexte des incendies
L'annonce de cette récompense a été faite le vendredi 28 août 2026, à l'occasion de la célébration de la journée des Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir. Cet événement a servi de cadre à la déclaration présidentielle, soulignant la gravité avec laquelle les autorités burundaises abordent la série d'incendies. Le gouvernement cherche ainsi à mobiliser la population et les acteurs du parti pour obtenir des informations cruciales.
Ces sinistres s'inscrivent dans un contexte plus large où près d'une dizaine de marchés et autres centres commerciaux ont été la proie des flammes depuis le début de l'année 2026. Cette succession d'incendies, dont la nature et l'origine restent souvent indéterminées, a semé l'inquiétude parmi les commerçants et la population, et a mis en lumière la vulnérabilité des infrastructures économiques du pays. Les pertes matérielles sont considérables et affectent directement l'économie locale.
Face à cette situation préoccupante, une réunion du Conseil National de Sécurité s'est tenue le 27 août 2026. Cette rencontre de haut niveau a précédé l'annonce de la prime, indiquant la reconnaissance officielle de la menace que représentent ces incendies pour la sécurité et la stabilité économique du Burundi. La tenue de cette réunion témoigne de la détermination des autorités à prendre des mesures concrètes pour endiguer le phénomène et identifier les responsables.
La prime et le rôle des Imbonerakure
Le Conseil National de Sécurité, réuni le 27 août 2026, a adopté la résolution RES/002/2026. Ce texte énonce une série de mesures urgentes visant à encadrer l'enquête sur les incendies, à renforcer la prévention de tels sinistres, à protéger les infrastructures essentielles du pays et à apporter un soutien aux victimes. Cette résolution marque une réponse institutionnelle coordonnée face à la multiplication des incidents.
Selon le rapport du Conseil National de Sécurité, l'origine des incendies qui ont frappé le pays ne peut pas encore être établie de manière définitive. Les autorités n'ont pas tranché entre une cause accidentelle ou criminelle, laissant ouvertes toutes les pistes d'investigation. Cette prudence dans les conclusions officielles note la complexité de l'enquête en cours et la nécessité de recueillir davantage d'éléments probants avant de se prononcer sur la nature exacte de ces sinistres.
Olivier Nkurunziza, président du parti Uprona, a exprimé des réserves quant à la méthode d'investigation, suggérant qu'il serait préférable de renforcer les institutions existantes plutôt que de créer un mécanisme parallèle. Il a déclaré que « il ne serait pas souhaitable qu’une initiative exceptionnelle conduise à contourner ou à affaiblir les institutions de l’Etat. Au contraire, elle devrait permettre de renforcer les capacités de ces institutions afin qu’elles puissent accomplir leur mission ». Monsieur Nkurunziza a également insisté sur la rigueur nécessaire dans le processus d'établissement des responsabilités, appelant à la prudence pour éviter toute dérive. « Que toute accusation soit vérifiée par des éléments matériels, des expertises techniques, des témoignages concordants et une procédure judiciaire régulière. Nous devons éviter de transformer une enquête criminelle à une chasse aux sorciers », a-t-il ajouté, soulignant l'importance de la procédure judiciaire.
Gaspard Kobako, quant à lui, a interrogé la pertinence de l'allocation d'une somme de 500 millions de francs burundais pour la traque des pyromanes. Il a soulevé la question de la disparité entre cette prime et les récompenses offertes pour d'autres types de crimes, se demandant pourquoi une somme moindre serait attribuée à ceux qui dénoncent des cas de malversation ou d'enrichissement illicite, ou qui contribuent à l'arrestation de voleurs de fonds publics. Cette remarque met en lumière un débat sur la hiérarchisation des priorités dans la lutte contre la criminalité et la corruption au Burundi.
Réactions et préoccupations politiques
Faustin Ndikumana, directeur national de l'organisation Parcem, a perçu la récompense comme un avertissement et un signe du sérieux gouvernemental. Selon Monsieur Ndikumana, cette initiative est « potentiellement dissuasive pour prouver à ces auteurs d’incendies que maintenant, les choses vont changer. Que le gouvernement s’y engage fermement ». Il a ajouté que « Ces incendies à répétition sont d’origine criminelle et pourraient être liés à un véritable réseau constitué depuis longtemps ». Monsieur Ndikumana a souligné que son organisation avait « toujours réclamé qu’il y ait au moins un début d’enquête sérieuse de la part du gouvernement, commanditée par l’autorité publique ». Il a également affirmé ne pas penser « que la police sera exclue du réseau des enquêteurs », tout en mettant en garde contre la politisation du processus. Il a déclaré que « Si on commence à politiser, si ce sont les seuls Imbonerakure qui sont concernés, ça serait grave parce que l’instrumentalisation politique risque de faire échouer cette orientation » et qu'« Il faudrait éviter la calomnie, la médisance, où on pourrait accuser des innocents suite aux considérations politiques ».
Sylvestre Bikorindagara, porte-parole du parti Sahwanya-Frodebu, a exprimé des préoccupations quant au risque d'accusations injustes. Monsieur Bikorindagara a cité l'article 51 de la Constitution, qui garantit à chaque Burundais le droit de participer aux affaires de l'État. Il a toutefois mis en garde contre les dérives potentielles de la prime. « Le risque est grand de voir des personnes innocentes accusées injustement de pyromanes. Un tel montant peut même tenter un ange dans la conjoncture économique actuelle que traverse le pays », a-t-il averti. Il a également ajouté que « Ceux qui courent le risque d’être pointés du doigt se retrouveront dans les rangs de l’opposition », suggérant une possible instrumentalisation politique.
Gaspard Kobako, président de l'AND, a qualifié la récompense d'« arme à double tranchant ». Il a interrogé la pertinence d'une telle somme pour la traque des pyromanes, en comparaison avec d'autres types de crimes. Monsieur Kobako a déclaré : « si on ne peut pas octroyer 10% à ceux qui débusquent les détournements ou mettent la main sur des voleurs des deniers publics. Pourquoi injecter 500 millions à ceux qui attraperaient des pyromanes de tout acabit pouvant être téléguidé de l’extérieur comme de l’intérieur ? ». Il a également suggéré que les fonds devraient être alloués à des moyens techniques et financiers préventifs. Monsieur Kobako a conclu en affirmant que « Ce qui touche une économie déjà fragile touche à la survie de tout un peuple. Et si demain ces pyromanes devaient s’attaquer aux symboles de la souveraineté nationale, qu’adviendrait-il de notre beau pays ? ».
Implications constitutionnelles et légales
Faustin Ndikumana, directeur national de Parcem, a rappelé que les enquêtes approfondies demeurent la prérogative de la police nationale. L'origine et la qualification juridique de chaque incendie doivent être déterminées au cas par cas, sur la base d'expertises techniques, de preuves matérielles, de témoignages concordants et des résultats d'enquêtes judiciaires. Gabriel Rufyiri, président de l'Olucome, a souligné que le bien public est sacré et inviolable, conformément à l'article 69 de la Constitution. Monsieur Rufyiri a critiqué l'annonce de la récompense aux Imbonerakure, déclarant : « Il faut nettement différencier la chose publique et le parti au pouvoir. Le parti, c’est le parti. Ce message ne devait pas être annoncé à cet endroit ». Il a également interrogé : « Est-ce qu’on connaît actuellement une commission qui a été mise en place et qui est en train d’enquêter ? Personne ne la connaît ».