Bujumbura sous le feu : Incendies à répétition, pertes et interrogations

Photo via Iwacu-burundi

Trois incendies ont touché Bujumbura en l'espace de quatre jours, marquant une série d'événements préoccupants dans la capitale économique burundaise. Cette succession rapide de sinistres a plongé la ville dans l'incertitude et la consternation, soulevant des questions pressantes sur la sécurité des infrastructures et les mesures de prévention en place. Un de ces sinistres a notamment ravagé une partie du marché de Kinindo, situé dans le sud de la ville, tandis que d'autres ont frappé le cœur commercial de la capitale. Les flammes se sont déclarées vers 6h30 du matin à la galerie Ndayizamba, avant de se propager rapidement à la galerie voisine, Le Parisien, provoquant d'importants dégâts matériels et des pertes inestimables pour les commerçants. Cette succession d'incendies suscite des interrogations au sein de la population et des autorités locales quant à leurs origines et aux mesures de prévention en place, d'autant plus que les victimes sont souvent des récidivistes des sinistres passés.

Détails des sinistres et chronologie des événements

La série d'incendies a débuté avec des conséquences dévastatrices. Deux galeries situées dans le centre-ville de Bujumbura, des points névralgiques de l'activité commerciale, ont été entièrement détruites par les flammes. Ces sinistres, qui ont touché les galeries Ndayizamba et Le Parisien, se sont produits le matin du vendredi 21 août 2026. L'incendie a provoqué des dégâts matériels significatifs dans ces établissements commerciaux, réduisant à néant des années d'efforts et d'investissements pour de nombreux entrepreneurs. Le feu, dont le départ a été constaté vers 6h30 du matin, a pris naissance à la galerie Ndayizamba avant de s'étendre rapidement à la galerie Le Parisien, attenante, ne laissant que peu de temps aux secours pour circonscrire le brasier.

Un autre incendie, distinct mais tout aussi dévastateur, a affecté le marché de Kinindo, un autre pôle commercial majeur de la ville. Le feu a débuté dans la section dédiée à la vente de matelas, un secteur particulièrement inflammable, ce qui a favorisé une propagation rapide des flammes. Ce foyer initial a ensuite menacé d'autres parties du marché, mettant en péril les échoppes et les marchandises de centaines de commerçants. Face à l'ampleur du danger, les efforts pour maîtriser les flammes au marché de Kinindo ont été menés conjointement par la police de protection civile, les sapeurs-pompiers et les commerçants présents sur les lieux. Leur intervention rapide et coordonnée, souvent au péril de leur propre sécurité, a été clé. Grâce à cette mobilisation collective, il a été possible de contenir la propagation du sinistre et d'éviter des destructions encore plus importantes qui auraient pu paralyser une partie significative de l'économie locale.

Ces trois incendies, survenus en l'espace de seulement quatre jours, ont créé un climat d'anxiété et de vulnérabilité, poussant les habitants et les acteurs économiques à s'interroger sur la récurrence de tels drames et la capacité des autorités à y faire face efficacement. La simultanéité et la proximité temporelle de ces événements renforcent le sentiment d'urgence et la nécessité d'une réponse globale et durable.

Témoignages poignants et pertes matérielles colossales

Les conséquences de ces incendies sont particulièrement dramatiques pour les commerçants, dont beaucoup sont des habitués des catastrophes. Les deux galeries détruites, Ndayizamba et Le Parisien, étaient principalement occupées par des commerçants ayant déjà survécu à l'incendie du 27 janvier 2013 qui avait ravagé le marché central de Bujumbura. Cette répétition des tragédies ajoute une couche de désespoir à la situation actuelle, beaucoup ayant déjà tout perdu une première fois et ayant eu le courage de reconstruire.

Parmi les victimes de ces récents sinistres, Jacqueline Ndayizeye a partagé son témoignage déchirant. Elle a déclaré la perte d'un stock évalué à 100 millions de francs burundais (BIF), précisant avec une amère ironie qu'« une commande d’une valeur de 100 millions de BIF était arrivée la veille ». Cette nouvelle livraison, censée relancer son activité, s'est transformée en cendres en quelques heures. Madame Ndayizeye a également exprimé son désarroi face à cette situation, affirmant : « Je ne sais même pas comment je vais rembourser ». La charge financière et psychologique est immense. Son époux avait déjà subi des pertes importantes lors de l'incendie du marché central en 2013, perdant alors des marchandises estimées à 50 millions de BIF. Cette famille est donc doublement touchée par ces fléaux récurrents, remettant en question leur capacité à se relever une fois de plus.

Un autre commerçant affecté, Eraste Nduwimana, avait démarré son activité avec un capital de 10 millions de BIF, un investissement considérable pour un petit entrepreneur. Grâce à son travail acharné et à son sens des affaires, son chiffre d'affaires avait atteint près de 40 millions de BIF avant le sinistre, témoignant d'une entreprise florissante et prometteuse. Après l'incendie, Monsieur Nduwimana a constaté les dégâts avec une résignation palpable, affirmant : « Il ne me reste rien ». Le fruit de plusieurs années d'efforts a été réduit à néant, le laissant dans une situation de précarité extrême.

Joséphine Ndihokubwayo, dont l'entreprise était spécialisée dans la location de robes de mariée, a également vu son commerce partir en fumée. Son stock, composé de précieuses robes et accessoires, était évalué à environ 40 millions de BIF. Au-delà des pertes matérielles, le sinistre a également eu des conséquences sociales directes et immédiates, car Madame Ndihokubwayo employait six femmes qui se retrouvent désormais sans emploi. Ces femmes, qui dépendaient de cette activité pour subvenir aux besoins de leurs familles, sont désormais confrontées à un avenir incertain. Joséphine Ndihokubwayo a déploré l'absence de réponse face à la répétition de ces événements, exprimant un sentiment d'abandon de la part des autorités : « Il y a des incendies successifs. Pas d’enquêtes, pas de soutien aux victimes et pas de protection pour que cette situation ne se répète pas. » Cette déclaration reflète le désespoir et la frustration partagés par de nombreux commerçants qui se sentent vulnérables et non protégés face à cette série de catastrophes.

Explications officielles divergentes et appels à la transparence

Face à la gravité de la situation, les autorités burundaises ont présenté des hypothèses variées concernant l'origine des récents incendies à Bujumbura, mais ces explications ont souvent été perçues comme divergentes, voire contradictoires, alimentant ainsi le doute et l'inquiétude au sein de la population.

Alain Ndikumana, ministre en charge des Finances, a réagi publiquement en indiquant que des investigations seraient menées pour déterminer les causes précises du sinistre qui a ravagé une partie du marché de Kinindo. « On ne peut pas se précipiter pour dire d’où est parti le feu. Des enquêtes seront menées », a déclaré Monsieur Ndikumana, soulignant la complexité de l'affaire et la nécessité d'une approche méthodique. Cette déclaration note la prudence affichée par le gouvernement face aux spéculations sur l'origine du feu, mais elle n'a pas suffi à apaiser toutes les interrogations. Le ministre a insisté sur l'importance de laisser les experts faire leur travail pour établir les faits de manière irréfutable.

De son côté, Prosper Bazombanza, vice-président de la République, a émis une hypothèse concernant l'incendie des galeries Ndayizamba et Le Parisien. Selon lui, la cause pourrait être liée à des pratiques courantes mais potentiellement dangereuses. « Nous suspectons que ce soit probablement des fers à repasser avec du charbon qui peuvent être à l’origine de cet incendie », a-t-il affirmé, suggérant une cause accidentelle liée à l'équipement utilisé par les commerçants. Monsieur Bazombanza a également écarté la piste criminelle, considérant l'heure matinale des événements comme un facteur clé : « C’était trop tôt le matin, il n’y avait personne à l’intérieur. Je n’ose pas imaginer que ce soit un incendie d’origine criminelle. » Cette affirmation, cherchant à rassurer la population, a néanmoins été contredite par d'autres voix officielles, ajoutant à la confusion ambiante.

Une version différente a été avancée par Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du parti au pouvoir. Monsieur Ndikuriyo a contredit l'idée que les galeries étaient vides au moment du départ de feu, apportant un éclairage différent sur les circonstances. « La galerie était déjà ouverte. Une personne qui y travaille se trouvait déjà à l’intérieur, même si le feu n’avait pas commencé dans son échoppe », a-t-il précisé. Cette déclaration met en lumière des points de vue divergents au sein des sphères officielles concernant les circonstances exactes des sinistres, ce qui peut nuire à la confiance du public et compliquer l'acceptation des conclusions des enquêtes. Ces contradictions soulignent la nécessité d'une enquête approfondie et transparente pour établir une version unique et crédible des faits.

Réactions et inquiétudes : l'impact sur la confiance et la santé mentale

La série d'incendies a naturellement provoqué une onde de choc au-delà des pertes matérielles et des divergences officielles. Les réactions des acteurs de la société civile et des experts en santé mentale témoignent de l'ampleur de l'impact sur la confiance et le bien-être de la population.

Gabriel Rufyiri, président de l'Olucome (Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Économiques), a exprimé ses vives inquiétudes quant à la confiance des commerçants et des investisseurs face à cette série d'incendies. Pour lui, la répétition des sinistres, qu'ils soient accidentels ou criminels, est un signal alarmant. « Incendie accidentel ou acte criminel ? Chaque cas doit faire l’objet d’une enquête sérieuse », a déclaré Monsieur Rufyiri, insistant sur la nécessité d'une clarté et d'une rigueur dans les investigations pour éviter que le doute ne s'installe durablement. Il a souligné l'impact psychologique dévastateur sur les personnes affectées, affirmant que « Psychologiquement, les gens sont tellement touchés » par ces pertes répétées et la précarité qui en découle. Le président de l'Olucome a également mis en garde contre les répercussions économiques à long terme, jugeant que « Les investisseurs qui viendront dans notre pays dans un tel contexte, ce sera très compliqué ». Cette perte de confiance pourrait décourager de nouveaux investissements, essentiels à la croissance économique du Burundi, et freiner la reprise pour ceux qui ont tout perdu. La transparence et la rapidité des enquêtes sont donc perçues comme cruciales pour restaurer un climat de confiance propice aux affaires.

Le psychologue Alain Joseph Hatungimana a insisté sur la nécessité impérieuse d'un soutien en santé mentale pour les victimes de ces sinistres. Au-delà des biens matériels, c'est la résilience psychologique des individus qui est mise à rude épreuve. Il a affirmé que « La reconstruction d’une victime commence par la reconnaissance de sa souffrance », soulignant l'importance de cette prise en charge pour leur rétablissement. Les traumatismes liés à la perte de leur gagne-pain, de leurs biens, et la répétition de ces événements peuvent avoir des effets durables sur la santé mentale des commerçants et de leurs familles. Un accompagnement psychologique est donc essentiel pour les aider à surmonter le choc, à faire le deuil de leurs pertes et à retrouver la force de se projeter dans l'avenir. Sans un tel soutien, la spirale du désespoir pourrait s'aggraver, compromettant non seulement leur bien-être individuel mais aussi la capacité collective de la communauté à se relever de ces épreuves. La mise en place de dispositifs d'aide psychologique pourrait constituer une première étape concrète pour répondre aux besoins immédiats des victimes et les accompagner dans leur long processus de reconstruction.

La série d'incendies à Bujumbura, avec ses pertes matérielles considérables et ses conséquences humaines profondes, met en lumière des défis majeurs en matière de sécurité, de prévention et de soutien aux victimes. Les divergences dans les explications officielles et l'appel pressant à la transparence et à l'aide psychologique soulignent l'urgence d'une réponse coordonnée et efficace pour restaurer la confiance et permettre à la capitale économique de se relever de cette succession de drames.